L’éducation, coincée entre 2 paradigmes

Qui ne se plaint pas de l’école aujourd’hui ? Qui est ravi de l’instituteur, du prof de SVT ? du système de notation ? des rythmes scolaires ? de la sélection post-bac ?

Le mammouth

Notre système éducatif est souvent comparé à un « mammouth »*, cet animal préhistorique qui présente 2 qualités significatives :

  • il est énorme
  • et il est hors course depuis 15 000 ans !

Dit autrement, l’Education Nationale est donc une grosse machine obsolète qui passe à la moulinette tous les enfants depuis 1 ou 2 siècles !

Vu comme cela, ça ne fait pas rêver !

Modèle obsolète

On s’accorde à dire que si l’école va si mal aujourd’hui c’est que son système est basé sur une méconnaissance de l’enfant et de son développement. Quand on a pensé l’instruction obligatoire au XIXe siècle, le monde était très différent :

  • Il fallait former de nombreux ouvriers pour relever les défis de la révolution industrielle. On formait donc des personnes dans le but de métiers et des rôles précis pour la société. L’école d’aujourd’hui ne peut former convenablement à des métiers qu’elle ignore puisqu’ils n’existent pas encore.
  • La vie n’était pas aussi confortable. Si aujourd’hui prendre 3 repas par jour pour une grande partie de la population française est un acquis, c’était loin d’être le cas alors. L’objectif aujourd’hui n’est plus la survie mais une certaine qualité de vie.
  • Les avancées de la psychanalyse (qui arriveront après la 2e Guerre Mondiale) sur la connaissance de l’individu étaient loin de permettre de penser l’éducation de façon individuelle.

Nouveau paradigme

Tout cela revient semble-t-il à une question de regard : quel regard portons-nous sur l’école ? quel regard, quel paradigme, quel angle nous permet de penser l’éducation aujourd’hui ?

Un paradigme est un système de concepts qui a sa propre cohérence par rapport à sa propre grille de lecture.

Petit retour dans les années 80 : un paradigme qui évolue

Dire, par exemple, comme dans les années 80, que les nourrissons naissaient avec un nombre défini de neurones, impliquait des conséquences en rapport avec ce paradigme : le cerveau humain était beaucoup plus limité que ce que les sciences prouvent aujourd’hui.

On ignorait alors la neurogenèse (le remplacement de neurones détruits et la fabrication de nouveaux neurones). Aujourd’hui, à la lumière de ces connaissances, les approches en termes de rééducation sont donc très différentes par rapport aux années 80. Suite à un traumatisme, une neurogenèse peut avoir lieu et réparer tout ou partie des structures atteintes.

Nouveau paradigme : la plasticité cérébrale est bien plus importante que ce que nous pensions il y a 40 ans !

Urgence !

Mais revenons à l’école, l’éducation et nos chères têtes blondes…Pourquoi penser l’éducation autrement ? Pourquoi y a-t-il urgence à changer de paradigme ?

  • Certains soutiennent qu’il est nécessaire de stabiliser et d’améliorer ce qui existe déjà. OK le système n’est pas parfait mais il a du bon…
  • D’autres pensent que l’ancien système a fait son temps et qu’il ne permettra pas d’atteindre l’épanouissement des enfants sans compter que le monde en mutation demande de s’adapter différemment.

Le cerveau et les machines

Toutes les voix de la recherche s’accordent à le dire et le redire : les machines savent mémoriser et calculer aussi bien que nous. Dans peu de temps, à hauteur de vie humaine, les machines nous battrons à plat de couture !

Et que fait l’école ? Elle forme des bataillons d’enfants capables de mémoriser et de calculer ! C’est encore aujourd’hui sur ces 2 compétences que l’on juge un élève « bon ou mauvais ». Pourtant ce binôme « mémorisation-calcul » est celui-là même qui nous rendra esclave des machines. Si l’on veut que nos enfants puissent réinventer le monde, nous devons changer de paradigme

Maria Montessori, le disait déjà, en son temps : « N’élevons pas nos enfants pour le monde d’aujourd’hui. Ce monde n’existera plus quand ils seront grands. Et rien ne nous permet de savoir quel monde sera le leur. Alors apprenons-leur à s’adapter. »

2 pistes

Personnellement, 2 pistes me paraissent bonnes à exploiter, à l’école ou à la maison :

  • OK pour les savoirs académiques, mais intégrons de façon massive dans l’éducation de nos enfants le théâtre, les arts, la musique, la danse, le jeu (libre !), les activités manuelles et le sport ! Voilà des disciplines que les machines ne peuvent pas remplacer de si tôt !
  • Ne cherchons pas à tout prix des enfants ou des élèves dociles et obéissants mais plutôt aidons-les à être responsables : les enfants ont la volonté et la capacité de choisir ce qui est bon pour eux et pour autrui.

 

 

 

 

 

*Terme inventé par Bernard Toulemonde, ancien recteur et ancien membre de plusieurs cabinets ministériels, auteur de Et si on tuait le mammouth ? : Les clés (pour vraiment) rénover l’Education nationale, 2017

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *